Quand l’intelligence collective change la ville

Ecrit par Michel NEDMIC dans KissKissBankBank, le 20 avril 2017.

Ce n’est pas la ville qui est « smart », mais ses citoyens ! Focus sur trois villes qui ont été repensées par ses habitants.

Le matatu, un transport « en commun » porté par les citoyens

© Matatu Art

Pour des millions d’Africains, le minibus reste un mode de déplacement privilégié. Et pour cause il est souvent plus simple à emprunter et moins onéreux. Au Kenya, le matatu — minibus (pas vraiment légal) pour 15 personnes — est une vraie institution. Au point d’être considéré comme un objet d’art par certains : les artistes du graffiti voient en lui un support de fresque mobile. Rien qu’à Nairobi, la capitale, plus de 130 lignes de matatus se partagent les faveurs des usagers. Ce réseau incroyablement vaste — à Paris, on compte à peu près une soixantaine de lignes de bus — s’est développé par et selon les besoins de citadins et ce, sans attendre l’adoubement des pouvoirs publics. Bémol : impossible pour le citadin de connaître l’étendue du réseau de matatus et donc, de l’utiliser à bon escient. Il choisit son matatu par le bouche-à-oreille ou l’expérience. Pour cartographier ce réseau, des chercheurs et étudiants de Nairobi, du Civic Data Design Lab du MIT et de Columbia se sont associés. Leur idée ? Se servir des signaux de téléphone de chaque volontaire — étudiant — pour identifier et répertorier les matatus et leur trajet emprunté. Pour rappel, le taux de pénétration mobile est passé en très peu de temps à plus de 80% et à 100% chez les 18–34 ans. Grâce à ce crowdsourcing, ce collectif a été en mesure de concevoir une carte exhaustive du réseau. Le résultat ? La municipalité de Nairobi a officiellement adoubé la carte et les usagers, après un temps d’étonnement face à l’étendue du réseau, ont adopté des trajets bien plus efficaces.

Porto Alegre, ville pionnière du budget participatif

Participants à un conseil citoyen. © B. Théau.

La démocratie participative, la population de Porto Alegre l’expérimente depuis plus de 25 ans. En 1989, la ville est exsangue : écoles, hôpitaux se disputent la palme du dénuement. Le parti des travailleurs remporte les élections sur la promesse d’associer davantage les habitants aux décisions politiques. Concrètement, les citoyens prennent la main sur une part du budget de la ville (15%) pour l’alléguer selon les besoins locaux. Dans chaque quartier sont discutées et votées lors de conseils citoyens les propositions émises par les habitants du quartier. Sur 7 ans, les résultats sont notables : les locaux ont presque tous accès à des services d’adduction d’eau et d’égoûts (contre seulement la moitié au départ) ; les favelas sont dotées de cinq fois plus de routes (les routes développent le commerce). Et l’évasion fiscale s’effondre — puisque le citoyen sait où va ses impôts ! Depuis, le modèle s’essaime partout dans le monde : aujourd’hui, plus de 2800 villes en sont adeptes dont la ville de Saint-Denis depuis 2001. A Paris, il faudra attendre 2014 avant la première expérimentation de budget participatif !

Zo ! City ou comment ressusciter un quartier d’affaires par l’initiative citoyenne

Le citoyen président ?

Le développement urbain n’est pas l’apanage des pouvoirs publics. Il peut aussi être poussé par les citoyens. C’est le cas aux Pays-Bas. Amstel 3 est un quartier d’affaires du sud-est d’Amsterdam, pensé dans les années 60 pour accueillir des immeubles à bureaux sur 250 hectares, raconte un article du Monde. Problème : hormis pendant les heures de bureau — 26 000 y travaillent — le quartier est mort, point de commerces ou d’écoles pour attirer le résident. Et la crise de 2008 a aussi en partie vidé les bureaux (30% !). L’architecte Saskia Beer aussi « chômée » par la crise a dans l’idée de redonner vie au quartier. En 2016, elle créé une plateforme ZO ! City qui met à disposition les données des sites vacants récupérées par ses soins et complétées par la mairie. ZO ! City sert aussi à recueillir les idées ou projets des citoyens pour améliorer Amstel 3. Le citoyen peut y solliciter un crowdfunding. Grâce à la plateforme et aux idées des citadins, un parc a ainsi été créé. Sur la suggestion des travailleurs d’Amstel 3 une des principales artères du quartier a été « verdie » par la mairie et habillée de bancs publics. Un premier bar a ouvert et surtout, les premiers résidents d’Amstel 3 devraient bientôt s’installer. « Les citoyens, présidents ! ».

L’intelligence collective s’exerce aussi sur KissKissBankBank, HelloMerci et Lendopolis !


Quand l’intelligence collective change la ville was originally published in Crowd on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.

Laisser un commentaire

En direct de Twitter

No tweets found.